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La sexualité des personnes âgées

 

Par S. Meuris, Laboratoire d’Hormonologie expérimentale, Faculté de Médecine, ULB

 

Parler de la sexualité de la personne âgée évoque immédiatement des images honteuses, voire perverses, de sexualité entre vieillards ou entre vieillards libidineux et jeunes victimes. Mais qui sont ces aînés dont il est si difficile d’imaginer la sexualité ?

 

Dans le monde industrialisé, voire dans le monde entier, les gens vivent beaucoup plus longtemps qu’avant. Chaque année, l’espérance de vie est allongée de quelques mois, de manière telle que, en un siècle, l’espérance de vie à la naissance a plus que doublé. Ce phénomène d’allongement de la vie aboutit au paradoxe que les vieux rajeunissent ou que les adultes deviennent vieux de plus en plus tard.

 

Evidemment, sur le plan théorique, l’âge ne peut automatiquement évacuer la vie sexuelle. Mais que sait-on de l’évolution de la vie sexuelle au cours de la vie ? Le nombre de publications dont le sujet est consacré à la sexualité chez l’adolescent ou chez l’adulte est dix fois supérieur à celui des publications consacrées à la sexualité des personnes âgées. Cette disproportion tient en partie à des croyances ou à des blocages.

 

En effet, un certain nombre de croyances véhiculent le fait que la vieillesse est désexuée, ce qui sous-entend qu’elle est l’étape ultime apparaissant après l’âge adulte et qu’elle n’a que peu d’intérêt. Cette désexuation de la personne âgée est associée à de nombreuses croyances populaires largement véhiculées par les médias. Parmi celles-ci, on retrouve que les personnes âgées n’ont pas de désir sexuel. Qu’elles ne pourraient pas faire l’amour même si elles le voulaient. En effet, elles sont physiquement fragiles et le sexe peut entraîner de la douleur. En outre, elles ne sont pas attirantes et sont donc considérées comme non-désirables. Bref, cette notion d’abstinence déclarée crée la différence entre le monde des adultes et celui des vieux.

 

A partir du moment où l’éveil de la sexualité se réalise à la sortie de l’enfance, donc à l’entrée de l’âge adulte, il est difficile, voire impossible, d’imaginer ses parents avoir des rapports sexuels. Ce blocage résulte d’un mélange de l’inné, qui dans le monde animal assure un brassage génétique propice à l’évolution des espèces, et des acquis éducationnels réprimant, depuis tout petit, l’attractivité sexuelle entre générations. Ce blocage, lié au fantasme œdipien, est généré par le fait que la sexualité des personnes âgées est assimilée à celle des parents sur laquelle plane un interdit culturel majeur.

 

La notion de l’âge de la vieillesse est très relative et de ce fait génératrice d’une certaine confusion. A la question de la limite d’âge à partir de laquelle les gens estiment qu’ils seront vieux, les personnes interrogées ajoutent approximativement 20 ans à leur propre âge. Cet intervalle de temps correspond à l’intervalle intergénésique moyen qui sépare un individu de ses parents. Cette réponse suggère l’existence inconsciente d’une stratification chronologique de la société associée à des rôles sexuels définis en fonction de l’âge.

 

La société continue à assimiler sexualité et reproduction, voire à les confondre, aidée en cela par des prescrits religieux tenaces. L’idée que la fonction sexuelle ne sert qu’à la procréation, donc réservée aux personnes jeunes physiquement attractives, est largement répandue dans nos sociétés et fait le bonheur des marchands de jeunesse… S’il en était ainsi, la femme ménopausée, qui ne peut plus procréer, n’accorderait plus aucune importance à la sexualité. On peut d’ailleurs se demander si la notion d’andropause, phénomène sans fondements biologique ou physiologique particuliers, n’a pas été inventée pour exclure également les hommes âgés du couple sexualité-reproduction.

 

Le refus de la sexualité gériatrique semble donc faire plus partie d’un stéréotype culturel voulant que les gens âgés soient perçus comme laids, impuissants, malheureux et impotents que d’une approche scientifique.

 

C’est à Masters & Johnson* que l’on doit les études les plus détaillées sur les aspects physiologiques de la sexualité humaine. Leurs travaux ont montré que les réactions sexuelles des personnes âgées étaient très similaires à celles des jeunes gens et que, en aucun cas, le vieillissement ne signifie la fin de l’activité sexuelle. En ce qui concerne la femme, Masters & Johnson affirment que « la sexualité féminine ne connaît pas de limite d’âge ». Pour ce qui est de l’homme, ils en concluent que, placé dans des conditions physiques et émotives propices, celui-ci conserve sa capacité sexuelle jusqu’à quatre-vingt ans et même au-delà. Dans l’ensemble, la fréquence des rapports sexuels diminue graduellement avec l’âge : le pourcentage des sujets de 60 à 71 ans qui ont encore des rapports sexuels varie de 40 à 65 %, contre 10 à 20 % chez ceux de 78 ans et plus.

 

Dans la plupart des enquêtes, hommes et femmes s’entendent pour dire que l’interruption des rapports sexuels est imputable au partenaire masculin. Le vieillissement affecte davantage la vie sexuelle de l’homme que celle de la femme.

 

Masters & Johnson ont observé, chez les femmes âgées, un fléchissement des réactions physiques au cours des rapports sexuels : diminution du rougissement sexuel, diminution de la coloration et réduction de l’épaississement des petites lèvres avant l’orgasme. Cependant, le clitoris des femmes âgées demeure très sensible bien que la lubrification vaginale se fasse plus lentement que chez les sujets plus jeunes. Les femmes âgées sont donc en pleine possession de leurs capacités sexuelles et capables d’atteindre l’orgasme et il n’existe aucune raison physiologique susceptible d’empêcher les femmes âgées de poursuivre leur activité sexuelle au même rythme qu’avant la ménopause, en supposant évidemment que leur fonction sexuelle ne soit pas altérée par l’effet des médicaments ou par des conditions débilitantes.

 

Ils ont également observé que les hommes âgés prennent deux à trois fois plus de temps que les jeunes pour obtenir une érection et qu’ils la maintiennent plus longtemps sans éjaculation. La force d’éjaculation diminue en vieillissant, et le délai nécessaire à l’obtention d’une deuxième éjaculation après l’orgasme est plus long chez les hommes âgés. Certains éprouvent aussi une diminution des sensations orgasmiques lors de l’éjaculation. Comme chez la femme, l’effet de médicaments et l’état de santé général peuvent évidemment altérer la fonction sexuelle.

 

Quelle que fut la réponse de Romain Gary* à son interrogation sur la validité du ticket, le plaisir sexuel reste toujours présent et peut être maintenu pendant très longtemps. Chez la femme, son apparition est complètement dissociée de l’émission de l’ovocyte. Cette indépendance confirme l’absence de relation entre sexualité et reproduction. Par contre, chez l’homme, l’orgasme est systématiquement associé à l’éjaculation, ce qui rend l’érection symboliquement indispensable et justifie le développement d’une médecine de l’érection.

 

Les travaux de Masters & Johnson ont donc montré que la vie sexuelle est possible à tout âge à condition d’en avoir envie et de se libérer de la tyrannie des stéréotypes et de la performance. Leurs travaux ont été réalisés il y a plus de quarante ans, mais leurs conclusions n’ont malheureusement pas encore été intégrées dans le public ni même dans les attitudes que les professionnels de la santé ont vis-à-vis de la sexualité des personnes âgées.

 

Si les changements physiques et psychologiques liés à l’âge ne doivent pas être niés, ils n’entraînent aucun obstacle majeur à une activité sexuelle adaptée. L’adaptation aux impératifs de l’âge nécessite à la fois acceptation et inventivité. Les modifications liées à l’âge peuvent être l’occasion d’enrichir sa vie affective et sensuelle en dépassant les habitudes et en laissant libre cours à l’inépuisable richesse de son imagination.

 

Bibliographie 

 

  - Human Sexual Response, Masters WH, Johnson VE. London, Little Brown, 1966.

- Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable, Romain Gary. Paris, Gallimard, 1975.

- The Physiology of Reproduction, 2nd edition, Knobil E, Neill JD, eds. New York, Raven Press, 1994.

- Encyclopedia of Reproduction, Knobil E, Neill JD, Adashi EY, eds. New York, Academic Press Inc, 1998.

- Clinical gynaecologic endocrinology and infertility, 7th edition, Speroff L, Fritz M, eds.

Philadelphia, Lippincot Williams & Wilkins, 2004.

- Sexual desire, erection, orgasm and ejaculatory functions and their importance to elderly Swedish men : a population-based study, Helgason AR, Adolfsson J, Dickman P et al. Age Ageing 1996 ; 25 : 285-91.

 

La bibliographie qui suit a été réalisée à l’occasion de l’émission Théma d’ARTE, Vieillir et jouir sans rougir, diffusée le 28 novembre 2006.

 

 - L'amour longtemps : La sexualité des seniors, de Nadine Grafeille, Nicolas Fauveau. Plon, 2006.


- Avoir du plaisir à tout âge, de Jacques Labescat. Blanche, 2006.
Soixante ans peut donc être l'âge du plaisir pour le plaisir, avec un atout considérable : on a enfin du temps pour s'aimer. Revers de la médaille : on a parfois moins de tonus... Un ouvrage rassurant qui donne des recettes pour conserver et améliorer son désir.

- Le dernier amour d'Auguste,d'Élise Fischer. Fayard, 2002.
Auguste, un vieillard de 90 ans vivant à la Résidence Azur, tombe amoureux de Juliette, une pensionnaire de vingt ans sa cadette.


- Aimer jusqu'au bout de la vie,de René Laforestrie. Hommes et Perspectives, 1992.
L'auteur, qui côtoie depuis de longues années la vieillesse en tant que clinicien, explique, exemples à l'appui, que le "vieux", la "vieille" sont des personnes comme nous tous, avec leurs amours et leurs malheurs.


- Besoins affectifs et sexualité des personnes âgées en institution : le Savoir et le "comment faire" face à un tabou, de Lucette Holstensson, Marie-Odile Rioufol. Editions Masson, 2000.
Le rôle des soignants dans les différentes institutions est de procurer des conditions d'existence favorables et personnalisées aux personnes âgées. Leur permettre d'assurer leur sexualité en fait partie, mais reste encore un sujet tabou.